
4 lieux à Bruxelles.
Dix-neuf ans après, Alexandre von Sivers et Daniel Hanssens reprennent leur interprétation de Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute. Deux grands comédiens nous engouffrent dans les failles du langage, dans un décor simple, le public encerclant les protagonistes, laissant toute la place au mystère du jeu et du verbe. Court, net, plaisant, immense!
Mise en scène Daniel Hanssens
Avec Daniel Hanssens et Alexandre von Sivers
production Argan42
Critique
POUR UN OUI, POUR UN NON:LES DERAPAGES AMICAUX
Interview de D.Hansens et A.von Sivers sur interprétation et mise en scène de Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute
( durée:5mn)
Dans Pour un oui pour un nom de Nathalie Sarraute deux amis ne parviennent pas à se remettre d’une querelle d’autant plus dure qu’elle repose, non sur des faits précis, mais sur du non-dit, une simple intonation prise pour du mépris par le « susceptible », ici Alexandre von Sivers. Il s’explique:
(24 sec)
Face à cette hyper susceptibilité, l’esprit rationnel dominant de Daniel Hanssens se retient d’éclater et alternativement nous partageons la souffrance de l’un et l’énervement de l’autre. Il y a en tout et pour tout deux fauteuils placés entre quatre rangées de spectateurs ; Un effet de proximité dont raffole Daniel Hanssens
(22sec)
Au total une petite heure de pur bonheur théâtral. Les deux complices de haut niveau, Daniel Hanssens et Alexandre von Sivers nous entraînent dans un univers moins absurde qu’il n’y paraît : là où l’amitié se ronge dans d’insondables sentiments d’infériorité.
Sarraute ou le sous-texte pur
Mis en ligne le 14/09/2009
Il y a dix ans (le 19 octobre 1999)
disparaissait Nathalie Sarraute, née en 1900 en Russie. La fine
analyste de "Tropismes", l’essayiste pénétrante de "L’Ère du soupçon",
la mémorialiste allusive d’"Enfance", laissait aussi une œuvre
théâtrale qui avait attiré des metteurs en scène comme Claude Régy,
Jacques Lassalle ou Simone Benmussa. Cette dernière créa "Pour un oui
ou pour un non" au Théâtre du Rond-Point à Paris en 1986, avec Sami
Frey et Jean-François Balmer. Simone Benmussa est aussi l’auteur d’un
beau livre d’"Entretiens avec Nathalie Sarraute" (La Renaissance du
Livre, 1999). Parmi d’innombrables phrases inoubliables, l’écrivain y
répond à son interlocutrice : "On n’est qu’attention. Je suis le lieu où tes paroles font leur travail, suivent leur trajet." C’est
très exactement ce que pourraient dire aujourd’hui les spectateurs qui
regardent et écoutent Daniel Hanssens et Alexandre von Sivers dans leur
"reprise" de la célèbre pièce sur la problématique rupture entre deux
"meilleurs amis du monde". Leur interprétation fine et précise commande
l’attention d’un bout à l’autre des cinquante minutes de représentation. Les
deux comédiens l’avaient jouée au Théâtre du Grand Parquet en 1990 sous
la direction de Pierre Fox. Cette fois, Daniel Hanssens dirige la
manœuvre, optant pour un dispositif rectangulaire, cerné par le public
sur ses quatre côtés. Pour préserver la spontanéité de l’explication
entre les deux hommes, il a préféré ne pas "fixer les places" sur
l’espace de jeu, à l’exception de trois moments clés du spectacle. Cela
donne un rapport attentionné et tendu entre les deux comédiens qui
nourrit utilement le propos. Car la merveille de ce texte, c’est d’être
à la fois intime et presque désincarné, sur un sujet au fond rarement
abordé au théâtre : la possible fin d’une amitié et la légitimité d’un
motif de rupture. Phrases courtes, mots simples, l’auteur a su,
très littéralement, mettre des mondes dans le suspens entre deux mots.
On dirait Tchekhov sans trame narrative, Beckett en moins métaphysique
ou Koltès en moins violent : du sous-texte pur. Ce non-dit qui passe
inaperçu aux yeux de l’un et bouleverse en profondeur l’autre fait tout
l’enjeu de la pièce. Et permet à chacun de projeter son propre vécu sur
l’action en cours Pour un « oui » ? : oui oui oui oui … Par Roger Simons, sur Cinémaniacs Nathalie Sarraute
Pour un oui ou pour un non
Un rien troublant et diantrement important
Sur Plaisir d'Offrir
Deux hommes, deux amis se retrouvent.
Rencontre amicale ou occasion de vider un contentieux?
Tour à tour, ils s’affrontent et se déchirent.
Successivement dominant ou dominé, ils vont décortiquer l’amitié, éplucher les phrases (mêmes celles d’apparence anodine), soupeser chaque mot, chercher une valeur cachée au moindre chaque geste.
Étrange et fascinante joute oratoire, Pour un oui ou pour un non nous plonge dans un malaise ambiant teinté d’une belle dose d’humour.
Ces phrases reprochées, ces intonations perçues comme blessantes, ces silences considérés comme réprobateurs, ces offres généreuses prises pour condescendantes nous parlent, font partie intégrante de nous-mêmes, de nos souvenirs, de nos mémoires.
Nathalie Sarraute n’a rien inventé, elle a tout simplement l’art d’utiliser nos non-dits, nos différences, nos espoirs, nos intolérances et nos jalousies pour explorer le lien fragile de l’amitié.
Tout le piment de son texte est qu’il s’adapte à chaque instant de la vie, à chaque relation et résonne profondément en chacun de nous.
Elle oppose ici un artiste solitaire et contemplatif (Alexandre Von Sivers) à un père de famille, heureux en ménage à la situation aisée (Daniel Hanssens).
Les deux hommes deviennent des jongleurs de mots, des fouilleurs de sentiments.
Dans un huis clos intense, ils tentent de sérier, d’évaluer, de récupérer l’autre.
La mise en scène de Daniel Hanssens privilégie la force du jeu et des regards.
Il a opté pour une scénographie qui place les deux comédiens au milieu du public, qui les montre comme deux gladiateurs en plein round d’observation, comme deux vieux lions en train de s’épier.
Si cette dernière nous permet de s’identifier tour à tour à l’un ou à l’autre au gré de nos perceptions, elle nous prive du plaisir de pouvoir contempler en permanence le travail de ces deux formidables acteurs.
Sobrement, sans un mouvement inutile Alexandre von Sivers et Daniel Hanssens vont opposer leur conception du bonheur, de la vie.
Ils prennent leur temps, ils laissent peser les silences, s’envoler les ironies, résonner les souffrances.
Court (55minutes) mais intense spectacle, Pour un oui ou pour un non est un petit bijou de subtilité et de rhétorique qui séduit par ses mots et ses non-dits et laisse flotter un trouble étrange, dérangeant et séduisant longtemps après que les spots se soient éteints.
Passionnant et troublant.
Pour un « non »?: non non non non…
Un texte intelligemment et agréablement écrit par Nathalie Sarraute.
Une pièce forte et l’un des sommets du répertoire français.
Une place éminente et novatrice dans le théâtre français contemporain.
C’est bien…ça !
Deux amis se retrouvent après pas mal de temps . Ils se regardent tous les deux. Un long silence.
Mais pourquoi ce silence ?
Parce qu’un jour l’un a répondu à l’autre : » c’est bien…ça… » . Une réplique chargée de choses impalpables et responsable de tout un malaise.
Des paroles source d’une brouille probable…
Et cela , pour un oui ? Pour un non ?
Ils vont se lancer tous deux dans de longues explications.
Une joute verbale tout à fait étonnante !
Tout en drôlerie et d’une grande finesse.
Daniel Hanssens ( comédien et metteur en scène) : Nathalie Sarraute dissèque avec un extraordinaire talent le fragile rapport entre ces deux hommes.
Alexandre Von Sivers (comédien) : C’est bien…ça ! Silences et malentendus , comme dirait Bergman , sûr que chacun s’y retrouvera.
Un spectacle bonheur avec l’interprétation de ces deux acteurs qui se retrouvent ensemble sur les planches . Ils avaient déjà joué cette pièce il y a de nombreuses années. Et ils remettent « ça » avec un énorme plaisir, une belle complicité, s’engrouffant dans les failles du langage avec aisance et une merveilleuse facilité.
BR> Nous spectateurs , encerclons les deux hommes sous une forme rectangulaire.
Nous pouvons les observer et les écouter à tout loisir.
Nous assistons à ce combat sans merci , laissant toute la place au mystère du jeu et du verbe.
Redeviendront-ils amis ?
Vous le saurez quand la cloche retentira !
La « cloche » est dans mon imaginaire bien entendu…
Un régal !
C’est court , c’est net , c’est immense ! Une petite heure du plaisir du texte !
C’est bien…ça … et sur tous les plans…
Daniel Hanssens : Vous pouvez nous donner tort !
Alexandre Von Sivers : Vous pouvez partager cette conversation qui pourrait avoir lieu dans votre salon.
Daniel Hanssens : Nous vous demanderons d’ailleurs votre avis.
Alexandre Von Sivers : Où est la limite du théâtre ?
Daniel Hanssens : Où est la limite de la vie ?
(ensemble ) : Qui est qui ?
A voir soit au Théâtre Mercelis, soit au Centre Culturel d’Uccle, soit au Wolubilis !
Avouez : c’est bien…ça , oui ou non ?
(Avec la collaboration de Daniel Hanssens, Alexandre Von Sivers et le Wolubilis)
C’est bien…ça !
Oui…Non…Pour un oui, pour un non.
Pour un oui ou pour un non ?
Retrouver Alexandre dans cette pièce qui nous a tellement marqué était un espoir très vivace chez moi depuis quelques années. C’est que la gymnastique de ce texte est addictive. Je pressentais en outre qu’il avait quelque chose à me dire aujourd’hui. Presque 20 ans après l’avoir créé, sous la direction de Pierre fox au Théâtre du « Grand Parquet » à Etterbeek. C’est Pierre qui eut l’idée de jouer au milieu des spectateurs. Le résultat fut magnifique. Soucieux du détail, laissant peu de place au hasard, Pierre nous a aidé à porter le texte vers ses sommets. Nous lui en sommes toujours reconnaissants. 20 ans après, je retrouve Alexandre sur les planches avec les mêmes mots mais un sens tout différent. 20 ans auraient passé ? Aurions-nous donc vieilli ? Et L’amitié se transforme t’elle ? Ben, oui...
Dès que nous avons repris le texte pour répéter le spectacle que nous allons vous présenter ce soir, les mots n’avaient déjà plus le même parfum. Il étaient à la fois plus lourds et plus légers.
Nous avons voulu vous garder près de nous cette fois encore. En témoin de ce duel oratoire. Bonne soirée.
— Daniel Hanssens
Nathalie Sarraute est née en 1900 en Russie près de Moscou, dans une famille aisée et cultivée. Enfant, elle vit à Paris, puis elle reçoit une éducation cosmopolite. Elle étudie l’anglais et l’histoire en Angleterre à Oxford, la sociologie à Berlin, le droit à Paris. Son projet est de devenir juriste internationale. En même temps, elle écrit. Nathalie Sarraute aime la littérature du 20e siècle, et particulièrement Marcel Proust, James Joyce, Virginia Woolf. Parce que ces derniers ne présentent plus seulement des romans avec des personnages, des aventures, comme Balzac ou Alexandre Dumas. Ils s’intéressent aux mécanismes de la pensée, aux sensations, aux impressions des individus. Cet «impressionnisme» littéraire apparaît en 1932 dans un recueil de textes de Sarraute, Tropismes, publié en 1939, republié dans sa version définitive en 1957.Nathalie Sarraute définit les tropismes comme « des mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience; ils sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est possible de définir ». En 1941 la situation politique pendant la Seconde Guerre mondiale oblige Sarraute à abandonner sa carrière juridique. Elle est radiée du barreau de Paris par l’application des lois anti-juifs. À partir de ce moment-là elle se consacre entièrement à la littérature. Sarraute est devenue, à soixante ans, avec la republication de Tropismes «une légende» et elle l’est restée jusqu’à la fin de sa vie presque centenaire. Elle a écrit son dernier livre Ouvrez en 1997. Elle est morte en 1999. Elle nous laisse une vingtaine d’ouvrages dont : Tropismes 1939 (recueil de textes), Le Planétarium 1959 (roman), Disent les imbéciles 1976 (roman), Pour un oui ou pour un non 1982 (théâtre), Enfance 1983.
La Grange du Château du Karreveld






























4 lieux à Bruxelles
2 mois de réprésentations!
Château du Karreveld / grange, Théâtre Mercelis, Wolubilis, Centre culturel d’Uccle
Adresses des salles
Château du Karreveld Avenue Jean de la Hoese, 3 - 1080 Bruxelles (le long du Blvd Mettewie) +32 2 724 24 24 bruxellons.net
Théâtre Mercelis, Rue
Mercelis, 13 - 1050 Bruxelles (la rue commence place Fernand Cocq.
Parking Tulipe, Rue de la Tulipe) 070 75 42 42 argan42.be
Afficher Théâtre Mercelis sur une carte plus grande
Wolubilis Avenue Paul Hymans, 251 - 1210 Woluwé-Saint-Lambert +32 2 761 60 30 wolubilis.be
Centre culturel d’Uccle Rue Rouge, 47 - 1180 Bruxelles +32 2 374 64 84 ccu.be
Fabienne Vandenmeersche avait invité Dirk Frimout et Alexandre Von Sivers dans sa nouvelle émission, "Une semaine pas banale" sur La Première.
Nous vous proposons d'écouter cette émission bien sympathique où notre cher Alex parle de "Pour un oui ou pour un non"